De la place du Châtelet, il n'y a qu'un pas de géant à faire pour aller se reposer sur la grande plage bitumée de Beaubourg. Entrons c'est ouvert ! Mais dans un Beaubourg inhabituel :


Le Beaubourg des enfants

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Dans le hall du centre Georges Pompidou, si vous tournez tourner à gauche,vous trouverez une zone qui se cache dans l’ombre et qui a été oubliée par le fléchage alentour. On peut la repérer, si l’on a l’ouïe fine, grâce à des cris d’enfants qui éclatent de joie ou de pleurs. C’est le Beaubourg des enfants, un endroit dans lequel sont conçues des expositions rien que pour eux. Les parents ne sont plus dès lors que de simples accompagnateurs et ne participent aux activités proposées que s’ils ont gardé en eux, une part d’enfance suffisante. Je mesouviens qu'on pouvait y voir et toucher quelque chose qui résonnait comme un écho ludique à la grande rétrospective comparative Matisse-Picasso.

Un dimanche, nous avons parcouru cette ludothèque de Musée, avec notre fils alors âgé de seize mois. Dans la première partie, des enfants plus grands essayaient de croquer des éléments picturaux figurant dans différentes toiles de Matisse ou Beaubourg_serpent_recadrePicasso. Mais le meilleur venait après. Il s’agissait de ce renfoncement au plancher en pente, où les plus petits pouvaient se trouver à leur aise. Mon fils s’en donna à cœur joie. En cette antre éduco-culturelle, il fallait composer son propre tableau, en déposant sur une surface en peinture métallique, des aimants représentant des motifs figuratifs extirpés des œuvres des deux artistes. Arthur allait et venait, de la réserve d’images magiques à son cadre en construction, et plaçait des éléments en les superposant. L’ensemble finit par avoir l’allure d’un collage cubiste. Toutefois, ce qui lui plut le plus furent ces miroirs situés aux extrémités de cette salle, derrière les choses tactiles et visibles. Il ne se lassait pas de s’y mirer, s’admirant et approchant de son reflet jusqu’à effleurer le tain, pour finalement l’embrasser avec contentement. Un petit Narcisse rieur naissait au pays de l’art. Ce qu’il ne savait pas c’est qu’il n’en avait pas fini avec le jeu des transparences et des rutilances plus ou moins intenses.

En effet, après être sorti de ce salon d’exposition, il déambula dans le hall, et après avoir effectué des zigzags aléatoires et ondulatoires, il courut comme pour en sortir. Il fonça droit dans une vitre trop propre qui donnait sur ce grand espace piétonnier et souvent animé, faisant front à Beaubourg et à sa gigantesqueBeaubourg_elephant_recadre tuyauterie, qui est comme une plage pavée au cœur de Paris. Il tomba à la renverse, pleurant à cause d’un mal certain, d’une surprise entraînant la peur et de l’incompréhension d’un tel phénomène. Il y avait pourtant un point jaune peint sur cette large baie vitrée pour indiquer aux distraits que, là n’était pas la sortie. Hélas ce soleil opaque et naïf, surgissant de l’invisible, était dessiné trop en hauteur pour notre petit bonhomme de soixante-dix-huit centimètres. Mon fils avait une lèvre qui saignait mais après avoir subi un rinçage à l’eau froide de cette labiale rougie, il se consola bien vite en suçotant des quartiers de mandarines. Il s’était bien amusé malgré cette chute malheureuse. En rentrant, il put contempler avec nous, une une envolée de pigeons sous le soleil couchant et le ciel flamboyant sur la tour Saint-Jacques. Une mélodie poétique chantait dans nos cœurs, chassant l’orage d’une musique vrombissante et à la rythmique sourde.