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Depuis quelques jours, je me suis plongé littéralement dans le livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Sous forme de journal, l'auteur nous fait part de sa propre expérience. En effet, durant six mois, il a décidé de vivre comme un ermite dans une cabane au bord du Lac Baïkal, à 120 km du village le plus proche. Aucune route à proximité. Rien, pas une boîte, pas un troquet (mais l'on y boit beaucoup tout de même, surtout de la vodka !), pas une mobylette ... Rien ! La zone, comme l'aurait dit Coluche !. Non, rien de l'homme, ni déchets ni ordures, rien que la multitude blanche de la plus grande réserve d'eau douce au monde et que la profondeur sauvage de la forêt peuplée par une multitude d'animaux. Malgré un sujet qui semble austère et in-humain (ou plutôt out-humain !), je vous donne ma parole que c'est un livre tout à fait réjouissant : il suffit de briser la glace !!! D'ailleurs, entre la lecture de deux paragraphes, il m'est venu à l'esprit, soudainement illuminé, cette astucieuse ? devinette : Par définition, ne pouvant pas consulter un médecin, à quel moment un ermite sait-il qu'il est malade ?

Réponse : Quand il ne se sent pas dans son ascète.

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Comme vous pouvez le constater, mon inspiration est assez limitée en ce moment, aussi plutôt que de vous livrer d'innommables élucubrations ou des inepties extravagantes, je vous propose simplement de partager quelques passages marquant de ce carnet d'ermitage :

 

'' Quand je pense à ce qu'il me fallait déployer d'activité, de rencontres, de lectures et de visites pour venir à bout d'une journée parisienne. Et voilà que je reste gâteux devant l'oiseau. La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s'il y avait progrès dans cette régression ? ''

'' Le temps est long quand on n'a que Hegel pour les après-midi de neige. ''

'' La cabane, royaume de simplification. Sous le couvert des pins, la vie se réduit à des gestes vitaux. Le temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé au repos, à la contemplation et aux menues jouissances. L'éventail de choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l'eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. ''

'' Le luxe n'est pas un état mais le passage d'une ligne, le seuil où soudain, disparaît toute souffrance. ''

" D'où vient mon amour des aphorismes, des saillies et des formules ? Et d'où vient ma préférence des particularismes aux ensembles, des individus aux groupes ? De mon nom ? Tesson, le fragment de quelque chose qui fut. Il conserve dans sa forme le souvenir de la bouteille. Le tesson serait un être nostalgique de l'unité perdue, cherchant à renouer avec le Tout. Ce que je fais ici, en me saoulant dans les bois. "