Voici encore quelques phrases tirées du livre de Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie que j'ai particulièrement appréciées. Elles vous donneront peut-être envie d'en lire l'intégral ! Dans le cas contraire, je pense que ce sera suffisant pour que vous parliez de ce livre sans le lire !

 

Le silence me revient, l'immense silence qui n'est pas l'absence de bruit mais la disparition de tout interlocuteur.

 

Pendant mes dix jours d'absence, les trous ont regelé. J'attaque le lac au pic à glace et mets une heure et demie à façonner une belle vasque de un mètre de largeur et un mètre de profondeur. L'eau jaillit d'un coup, que je puise avec bonheur. Ce sentiment d'avoir gagné son eau. J'ai les muscles des bras endoloris. Autrefois, dans les campagnes et les forêts, vivre maintenait en forme.

 

Jusqu'ici les montagnes, j'avais appris à les escalader, à les dévaler, à chercher des itinéraires et à évaluer leurs dénivellations. Jamais encore je ne les avais regardées.

 

La nature de la solitude rencontre la mienne. Et nos deux solitudes confirment leur existence.

 

L'affirmation schopenhauerienne de l'existence du monde par seule représentation du sujet est une amusante vue de l'esprit, mais c'est une foutaise. La forêt, est-ce que je ne la sens pas irradier de toute sa force dans mon dos ?

 

Lever en même temps que le soleil. Je me recouche un peu devant tant de grandeur.

 

Quand le métal frappe parfaitement où il faut et que la bûche se fend dans un claquement de fibres, j'en arrive à me convaincre que couper du bois est un art martial.

 

De mon duvet, j'entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu'un à qui l'expliquer.

 

Si les ermites du désert s'étaient retranchés dans les taïgas, ils auraient inventé des religions peuplées d'esprits joyeux et de dieux animaux.

 

Si la société disparaissait, l'ermite poursuivrait sa vie d'ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique. L'ermite ne s'oppose pas, il épouse un mode de vie.

 

J'aime le brouillard, cet encens du sol. Tout fumeur rêve de disparaître dans ses nuages.

 

C'est au cinquième verre de vodka qu'il est difficile de résister au suivant.

 

Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber. [...] Les villes sont des expériences provisoires que les forêts recouvriront un jour.

 

Rien ne me manque de ma vie d'avant. Cette évidence me traverse alors que j'étale du miel sur les blinis. Rien. Ni mes biens, ni les miens. Cette idée n'est pas rassurante. Quitte-t-on si facilement les habits ajustés à ses trente-huit ans de vie ? On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder.

 

trois heures durant [je] tente de faire partir un feu de bois gorgé d'eau. Quelques pages du ''Neveu de rameau '' finissent par prendre. Pas la première fois que diderot déclenche des incendies.

 
Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle.

 
Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de ''Oh ! Mais c'est Madonna !'', on s'exclame ''Ciel ! Une grue cendrée!''

La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l'âme, met l'être à nu, ensauvage l'esprit et embroussaille le corps, mais elle déploie au fond du coeur des papilles aussi sensibles que les spores. L'ermite gagne en douceur ce qu'il perd en civilité.

 trois heures durant [je] tente de faire partir un feu de bois gorgé d'eau. Quelques pages du ''Neveu de rameau '' finissent par prendre. Pas la première fois que diderot déclenche des incendies.

Comment peut-on préférer mettre les oiseaux dans la mire d'un fusil plutôt que dans le verre d'une jumelle.

Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de ''Oh ! Mais c'est Madonna !'', on s'exclame ''Ciel ! Une grue cendrée!''

La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l'âme, met l'être à nu, ensauvage l'esprit et embroussaille le corps, mais elle déploie au fond du coeur des papilles aussi sensibles que les spores. L'ermite gagne en douceur ce qu'il perd en civilité.