romans_ERRE

 

 

Si avec Modiano on erre, avec Erre on ne modianose pas. On se marre.

En effet, Jean-Marcel Erre écrit des romans sous le signe de l'humour, mais pas n'importe lequel. De l'humour totalement décalé. A l'image de son nom de plume.

Ses personnages sont des paumés, des adolescents attardés qui ont pour univers le roman policier, Star Wars, les jeux vidéos et toute la face cachée du cinéma, les séries Z (les séries B puissance -10 sur l'échelle de l'esthétisme cinéphile, c'est vous dire !). Il nous raconte des histoires à dormir assis ou debout peu importe mais des histoires à lire avec délectation même si son univers particulier peut dérouter au premier voyage. D'ailleurs, dans Série Z, un lecteur fictif fait des apparitions au gré des chapitres, se demandant s'il poursuit sa lecture ou non ! Vous l'avez compris, Erre est un amuseur qui joue avec le lecteur (bien réel cette fois-ci !)

Dans son dernier opus, La fin du monde a du retard, Jean-Marcel Erre met en exergue deux citations qui vous donneront déjà un petit aperçu de son humour :

Que serions-nous sans le secours de ce qui n'existe pas ?  Paul Valéry

Qu'est-ce qu'on est con. François Valéry

Dans le même ordre d'idée, dans Le Mystère Sherlock, Erre fait des fausses citations de Proust  de cette façon :

gna gna gna gna... comme le disait Proust ( à vérifier)

Et voici pour finir quelques extraits qui vous donneront encore une meilleure idée du style de cet amuseur décapant ! Bonne lecture.

 

Quelques perles du Mystère Sherlock :

Le meurtre moderne, c'est un peu comme la nouvelle cuisine : on va chercher des influences un peu partout, on fait des mélanges et, neuf fois sur dix, on est déçu. Là, on avait un bon vieux crime à l'ancienne, une valeur sûre. Le surin dans le palpitant, c'est le pot-au-feu du meurtre.

 

On nous apprend qu'il a fallu quelques milliers d'années pour que le langage articulé fasse passer l'homme de l'animalité à la civilisation, mais on oublie souvent qu'un mot suffit pour faire le chemin inverse en une fraction de seconde.

 

-...on y a retrouvé un recueil de Gérard de Nerval !

- Gérard de ... ? s'interrogea Flipo à voix haute. C'est lui qui a traversé l'atlantique à la rame, non ?

 

 

Quelques perles de La fin du Monde a du retard :

 

Sur les marches de l'Odéon, un grand Noir avec des chaussures blondes disait Candide, le conte philosophique de Voltaire. Imperturbable, l'homme offrait  de la littérature à tous les passants qui arpentaient le trottoir nuque baissée sans lui faire l'aumône d'un regard.

 

L'homme était en train de réciter des extraits du Don Quichotte de Cervantès. Julius se dit que c'était une façon originale de faire la mancha, mais il n'était certain ni de l'efficacité de la stratégie, ni de la valeur de son jeu de mots.

 

Tout autour de l'église, la place Saint-Théodule grouillait de monde. Les heures passant, elle avait été prise d'assaut par les équipes des télévisions qui transmettaient en direct les preuves irréfutables qu'il ne se passait rien. Munis de micros et de brushings, des journalistes remplissaient le vide minute par minute à l'aide de leur sourire crispé. Les caméramans filmaient l'impressionnante foule de curieux qui filmaient les caméramans avec leurs téléphones portables. Des pensionnaires d'une maison de retraite, installés sur leur balcon, se regardaient à la télévision en train de regarder la télévision sur leur balcon.

 

Au même moment, le commissaire Gaboriau arriva sur la place Saint-Théodule en compagnie du lieutenant Matozzi et d'une équipe d'intervention. Timide, la foule accueillit ce déploiement policier avec beaucoup de retenue dans l'expression de son enthousiasme, préférant par pudeur dissimuler son admiration derrière des quolibets. En réponse, les CRS brandirent leurs matraques et entraînèrent les jeunes les plus motivés dans une partie de bâton-prisonnier, car le CRS a su garder son âme d'enfant.

 

Le libraire apparut , un casque de chantier sur la tête, une énorme masse à la main et un badge "Espèce en voie de disparition" sur la poitrine.

-Excusez-moi, fit l'homme, j'étais en train de mettre au pilon un carton de liseuses qu'on m'a livrées par erreur. Il n'y a rien de plus revigorant qu'une petite extermination d'ebooks de bon matin.